Drew Hopper, l’Australien dépaysé
Après dix ans de reportages en Asie, Drew Hopper photographie son propre pays en étranger : sous son objectif, l’intérieur de la Nouvelle-Galles du Sud glisse du document vers le songe.
Par Guénola Pellen. Photos de Drew Hopper.
Drew Hopper (né en 1989) passe son enfance sur les routes, dans le camping-car familial qui sillonne le continent. Devenu photographe, il partage depuis quinze ans son travail entre l’Asie et l’Australie, où Australian Geographic, revue consacrée à la nature et aux territoires du pays, publie ses reportages sur le lien des hommes à leur terre.
De ses virées vers l’ouest de son Etat natal naît West of Somewhere East, série post-documentaire exposée au Yarrila Arts and Museum, le musée de Coffs Harbour, ville côtière à mi-chemin entre Sydney et Brisbane. Il y avance, dit-il, « en touriste en transit dans mon propre jardin ».
« Mon appareil a toujours été plus qu’un outil : un passeport. Il m’ouvre des vies, des paysages, des instants fugaces que je longerais sans les voir. » Et encore : « A travers l’objectif, je franchis les frontières sans permission, accueilli par la lumière, le geste et la langue muette du quotidien. » Ce pays trop familier, il le réinventorie pièce à pièce : sur une table bleue baignée d’orange, pot de Vegemite et sel Saxa composent une nature morte nationale ; ailleurs, une fresque pastorale peinte à même le mur surplombe une planche à repasser.
Le dépaysement commence au bout de l’allée. Un cheval bai monte la garde derrière le grillage d’un pavillon de bois blanc ; un séchoir rotatif Hills Hoist, totem ordinaire des arrière-cours australiennes, déploie son linge au-dessus de la terre rouge. « Un étrange réconfort naît à se tenir en un lieu inconnu et à constater que la lumière y tombe comme chez soi. » L’inventaire vire à l’énigme : un canapé rose échoue dans le désert au crépuscule ; un toboggan rouille parmi les herbes ; un téléviseur veille, seul, dans la pénombre d’une chambre lambrissée. « Dans des endroits qui semblaient à des mondes de distance, j’ai trouvé des reflets de mon propre jardin, dépouillés, plus silencieux, plus honnêtes. »
Que rapporte-t-on d’un pays appris par cœur ? « Plus je voyageais vers l’ouest, moins je cherchais du nouveau, confie-t-il. J’ai appris à reconnaître la beauté de ce qui avait toujours été là. » Il aura suffi de ralentir pour s’émerveiller à nouveau : « Je croyais courir après la distance, mais j’apprenais à voir. »
L’exposition « Drew Hopper: West of Somewhere East » est à voir au Yarrila Arts and Museum de Coffs Harbour (Australie) jusqu’au 28 juin 2026.









