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Le MoMA lève le rideau sur la culture célébrité

Source : Blind MagazineAuteur : Itzel Robles Sandoval

Au sous-sol du Debra and Leon Black Family Film Center du MoMA, aux niveaux T2/T1, le glamour de l’exposition du 20ᵉ siècle « Face Value : Celebrity Press Photography » s’empare de l’espace. Dans cette salle plongée dans l’obscurité — conçue délibérément comme une zone crépusculaire — les étoiles brillent devant quiconque vient les voir.

L’exposition est organisée par Ron Magliozzi, conservateur, avec Katie Trainor, responsable principale des collections, et Cara Shatzman, spécialiste des collections, département Film. Une symphonie constituée des travaux de nombreux photographes, qui tire le rideau sur ce que représentait le travail de retouche en coulisses, avant que des technologies comme Photoshop n’entrent en jeu. « Ce sont des photographies qui ont été produites pour accomplir un travail. Ce travail consistait à vendre la célébrité, et à vendre la mode et le genre — les rôles de genre, en particulier à l’époque classique d’Hollywood », dit Ron Magliozzi.

Ce qui rend cette collection si particulière, c’est la profondeur de ses racines dans l’histoire même du MoMA. Dès les premières décennies du musée, les images étaient archivées aux côtés des films, car on comprenait déjà que les photographies faisaient partie de l’histoire du cinéma au même titre que les films eux-mêmes. Cette conviction a finalement conduit à l’acquisition des archives éditoriales de deux magazines de fans incontournables, et les photographies qui vivaient dans ces fonds constituent une raison majeure pour laquelle cette exposition existe aujourd’hui.

Anna May Wong portrait for the film Limehouse Blues, Soul of a Dragon, 1934. © Ray Jones

Carole Lombard, c. 1933 © Otto Dyar

Plus de 60 photographes de l’époque, qui travaillaient au contact étroit des stars hollywoodiennes, ont créé des pièces intemporelles capturant l’élégance du xxᵉ siècle. Et ce n’est pas uniquement Hollywood : athlètes, hommes politiques et personnalités mondaines ont également trouvé leur chemin dans ces archives, montrant jusqu’où la machine célébrité avait réellement étendu sa portée.

Mais l’exposition ne s’arrête pas aux photographies. Des projections de films font également partie de l’expérience, dont des screen tests réalisés par Andy Warhol lui-même. Magliozzi évoque la place de Warhol dans le parcours : elle renvoie à « la notion de quelqu’un qui est célèbre » et à l’idée de contrôle. Warhol demandait à ses sujets de rester immobiles, de ne pas cligner des yeux, de se contenter de regarder. Il y a aussi le screen test de Dennis Hopper, qui a tout envoyé au diable. « Il a fondamentalement transformé l’exercice en selfie, en faisant des grimaces et en braquant la caméra sur lui-même », dit Magliozzi.

Les images sont accrochées en densité salon, et ce n’était pas un hasard. « La densité des réseaux sociaux, la surcharge des images qu’il faut naviguer, on voulait reproduire en quelque sorte cet environnement », explique Magliozzi. L’exposition présente non seulement des portraits, mais aussi des images des écrivains et réalisateurs qui sont à l’origine du glamour, ceux qui ont produit les célébrités et les personnages qu’ils incarnaient.

Dolores del Rio and Edmund Lowe in The Bad One, 1930

Rock Hudson, c. 1953 © Bob Beerman

Une histoire écrite en gélatine argentique et en liquide correcteur

L’exposition puise dans une collection qui s’étend sur plus de sept décennies de photographie de presse, de 1921 à 1996. Son champ dépasse largement Hollywood : Louis Armstrong, Jackie Robinson, Lena Horne, Diana Ross, Harry Belafonte et Oprah Winfrey voisinent avec Joan Crawford, Carole Lombard et Anna May Wong. Ensemble, ils cartographient l’étendue du complexe industriel de la célébrité et le langage visuel codé qu’il déployait. Sous le glamour se dissimulait un système hautement genré, marqué par les tensions raciales provoquées par la chorégraphie sociale, comme le notent les commissaires. Les photographies de Harry Belafonte et Joan Fontaine sur le tournage d’Island in the Sun (1957) ont, par exemple, une portée qui dépasse la simple promotion d’un film : le couple interracial était considéré comme si subversif que des responsables des studios auraient réclamé des modifications sur certaines images avant leur diffusion. Les tirages originaux, avec leurs marques de ruban adhésif et leurs indications de recadrage, survivent dans les archives du MoMA comme témoins d’une négociation entre représentation et contrôle.

Ce que « Face Value : Celebrity Press Photography » rend visceralement visible, c’est le travail caché derrière l’illusion. La peinture de silhouettage appliquée autour de la tête de Rock Hudson. Les marques de recadrage au crayon bleu sur le sourire de Dolores del Río. Le liquide correcteur qui fait surgir Joan Crawford en relief lumineux sur fond sombre. Ces traces ne sont pas des accidents de conservation : elles sont les étapes constitutives d’un flux de production dans lequel le technicien de laboratoire, le retoucheur et le maquettiste étaient aussi essentiels à l’image de la star que le photographe qui avait appuyé sur le déclencheur. « Je me suis dit que c’était un peu comme l’IA », admet Magliozzi. « Ils ont réellement altéré l’image, ajouté des parties du corps ou en effacé d’autres. » L’analogie est moins provocatrice que juste. Ce que Photoshop a industrialisé, ces mains anonymes l’avaient déjà perfectionné — un coup de pinceau après l’autre.

Joan Crawford portrait for the film Letty Lynton, 1932 © James Manatt

Jackie Robinson, c. 1950

Ce qui rend aussi cette exposition véritablement saisissante, c’est le degré de manipulation de ces images, bien avant l’existence de Photoshop. Des corps peints, des figures effacées, des poses fabriquées. Aucun des personnages les plus iconiques n’a été épargné. « De nos jours, je crois que tout le monde joue le jeu de la façade. Je ne pense pas que les gens la rejettent nécessairement. Il y a un engagement avec elle », ajoute Magliozzi. « Face Value » invite les visiteurs à regarder les photographies, et à se regarder eux-mêmes. Comme dit le commissaire : « J’espère que l’exposition rend les gens plus conscients de la manière dont ils perçoivent une célébrité, et eux-mêmes. » Après avoir traversé « Face Value », il est difficile de ne pas y céder.

« Face Value : Celebrity Press Photography » est à voir au MoMA de New York jusqu’au 21 juin 2026.

Image de Itzel Robles Sandoval

Itzel Robles Sandoval

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