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Lillian Bassman et Sheila Metzner, deux avant-gardes de la photographie de mode

Source : Fisheye MagazineAuteur : Apolline Coëffet
Une silhouette noire dans des escaliers
Fashion, From Life, 198© Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris

Jusqu’au 19 septembre 2026, la Galerie Rouge pare ses murs de tirages signés Lillian Bassman et Sheila Metzner. Figures majeures de la photographie de mode, toutes deux se sont distinguées, dès les années 1940 pour la première et dans les années 1980 pour la seconde, par leur approche avant-gardiste, jouant avec la matière et les lignes.

Il existe des œuvres qui, malgré le temps qui passe, s’inscrivent dans une modernité pérenne. Beaucoup diront sans doute que les photographies de ce genre appartiennent au registre du portrait ou du paysage. La mode, si liée à un vestiaire en constante évolution, à une temporalité précise, ne vient pas nécessairement à l’esprit. Elle a pourtant vu s’épanouir de grands noms du 8e art, les poussant à transformer le médium de bien des façons. Parmi eux se comptent notamment Lillian Bassman et Sheila Metzner, à qui la Galerie Rouge rend hommage avec l’exposition C’est chic !. Cette dernière nous mène de la fin des années 1940 jusqu’à celle du millénaire, entre expérimentations monochromes et impressions picturales. Elle montre comment ces deux femmes, tout d’abord directrices artistiques, ont su apposer leur marque dans ce milieu si singulier. 

Une femme sur une statue romaine
Campidoglio, From Life, 1986 © Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris
Une femme debout, le regard vague
Mahal Apartment 125, 1980 © Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris

Des images encore d’actualité

Dès nos premiers pas au sein de la Galerie Rouge, nous sommes entourés des œuvres de Lillian Bassman. Ces tirages en noir et blanc oscillent entre un aspect velouté empreint de douceur et des contrastes marqués qui aplanissent les reliefs. Les seconds sont le fruit d’un « tissuing » que l’artiste a perfectionné et appliqué aux négatifs de clichés imaginés pour Harper’s Bazaar, magazine pour lequel elle avait coutume de travailler. Comme le suggère son nom, cette technique nécessite un tissu qui sert à effacer les lignes à même la matière. Les images qui en résultent sont nimbées de flou, elles deviennent énigmatiques. Les cadrages, qui tendent à placer les hommes dans le hors champ et laisser le regard des femmes se perdre dans l’inconnu, nous plongent dans des séquences cinématographiques. Ces expérimentations, réalisées à la fin de sa carrière, lui offrent un second souffle. Des couturiers la redécouvrent alors et lui proposent de nouvelles collaborations, à l’instar de Thierry Mugler.  

En bas, c’est l’univers de Sheila Metzner qui se déploie. Ses compositions aux nuances dorées, sublimées par la texture du tirage Fresson et inspirées de l’histoire de l’art, ont des airs de peinture. Il y a des femmes qui posent, d’autres en mouvement. Il y a des fleurs sensuelles et des poivrons en désordre. Il y a des statues romaines en marbre blanc et des lignes graphiques. L’artiste, qui a officié dans la publicité durant de longues années, est passé du côté de la pratique en improvisant des séances photo chez elle, prenant ses enfants et ses proches pour modèles. Remarquée par Alexander Liberman, directeur éditorial à Condé Nast, elle s’impose alors, dans les années 1980, comme la première femme à collaborer régulièrement pour Vogue. Près de cinquante ans ont filé, mais les images demeurent d’actualité. Elles ne cessent d’inspirer les artistes contemporains, parmi lesquels figure certainement Szilveszter Makó, dont l’éditorial publié dans The Cut en début d’année, mettant en scène Rama Duwaji, a suscité l’intérêt du grand public. Cette silhouette vêtue de noir, les mains dans le dos et le regard perdu dans quelques songes ou préoccupations, faisant face à une table d’appoint sur laquelle repose une cruche au bec allongé, semble notamment avoir infusé l’esprit du photographe. Si Lillian Bassman et Sheila Metzner ont marqué leur époque, elles sont même parvenues à la transcender, utilisant leur médium pour éveiller les imaginaires avec un charme sans pareil.

Une femme dos à une sculpture géométrique
Uma Patou dress, 1986 © Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris
Une tulipe blanche
White Tulip, From Life, 1998 © Sheila Metzner, courtesy la Galerie Rouge Paris
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