
Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, le MAC VAL met à l’honneur le travail de SMITH à travers une exposition intitulée Ici grand ouvert. Pendant huit mois, les spectateur·ices pourront découvrir l’univers singulier de l’artiste, à la frontière du réel, du surnaturel et du mystique. Point fort de cette exposition : elle est en continuelle construction. L’artiste y a installé son laboratoire pour continuer à créer et exposer ses productions dès leur conception. Les spectateur·ices ne se lasseront pas d’une expérience sans cesse différente, par les œuvres exposées et une programmation variée.
À la fois artiste et chercheur, SMITH, utilise la photographie comme porte d’entrée vers de nouvelles réflexions artistiques, construisant des projets mêlant images, performances, sculptures et installations. En pénétrant dans l’exposition, nous sommes directement plongé·es dans un univers parallèle, un monde en marge construit par l’artiste. Les œuvres prennent place dans une grande pièce, haute de plafond, éclairée de néons qui diffusent une lumière aux nuances de violet et de bleu. Pour parfaire cette immersion, une musique organique et onirique enveloppe le ou la spectateur·ice. Au rez-de-chaussée, les photographies communiquent avec la sculpture, s’entremêlent avec les projections vidéo et encerclent des installations plus plastiques. Le nom de l’exposition, Ici grand ouvert, renvoie aux barrières qui tombent. Ici, notre perception n’est pas contrainte par quelconque entrave. L’espace est conçu sans parcours défini, afin que chacun·e puisse y découvrir les œuvres selon sa propre sensibilité. À l’étage se situe un véritable laboratoire expérimental, allant d’un espace commun à une pièce réservée à l’artiste. Nommé « Désidération(s) », il permet la circulation des idées et « opère un geste politique élémentaire […]. Dans un monde qui produit de la séparation, apprendre à tenir ensemble devient une pratique de survie et de joie ».
Tout d’abord, une pièce est dédiée aux performances et rencontres qui ont lieu pour rythmer l’exposition, puis une deuxième salle, entièrement blanche, est prévue pour que les spectateur·ices puissent se retrouver avec eux·elles-mêmes, dialoguer s’ils ou elles le souhaitent, ou encore s’exprimer par le mouvement. Enfin, dans la pièce la plus reculée prend place le laboratoire de SMITH, au centre duquel trône un lit, qui servira à ses expérimentations plastiques, spirituelles et corporelles, dont une partie seront filmées et retransmises aux spectateur·ices. Une architecture ramifiée faisant écho à la forme-forêt, métaphore chère à l’artiste. L’exposition est ainsi pensée comme un espace où cohabitent clairières dégagées et espaces plus denses, un espace de respirations et de réflexions. Le ou la spectateur·ice est un· promeneur·se qui évolue sur les routes sinueuses de cette forêt, bifurque, fait demi-tour et s’imprègne des respirations de l’espace et de ses enchantements. Son parcours est éclairé par des « mystagogues », des guides d’exposition dont le nom fait référence aux rituels anciens, pour donner des clés d’interprétation supplémentaires sur certaines œuvres.


Tirage sur aluminium brossé. Courtesy Galerie Christophe Gaillard / Modds © SMITH

Une réflexion autour de la transition
La question de la transition, chère à l’artiste, imprègne l’exposition dans sa globalité. Elle n’est pas traitée comme un sujet à part entière, mais est à considérer comme « un état de mouvement permanent et de modifications permanentes ». L’idée de transition se retrouve autant dans la programmation évolutive de l’exposition que dans le message des œuvres, qui repoussent les limites de l’humain et réinventent les frontières de sa pensée. Plus concrètement, plusieurs projets de l’artiste évoquent directement la transition de genre et questionnent la binarité. Un espace de la pièce expose ainsi Löyy, une série de photographies réalisées entre 2007 et 2012, dans laquelle SMITH a pu documenter les transitions d’ami·es proches, des photos qu’il accompagne d’images de paysages et de natures mortes pour représenter la non-binarité et les questionnements qu’elle entraîne. Cette série, aux tonalités blanches et vaporeuses, est d’une importance majeure en cela qu’elle permet de mettre en lumière les identités non-binaires, à une époque où ces dernières n’étaient que très peu représentées, hormis via la caricature ou à travers le regard de personnes non concernées par ces interrogations.
Dans l’œuvre de SMITH, la transition fait aussi écho à la métamorphose. « L’exposition est pensée comme un observatoire du seuil, proposant une méthode d’attention et de métamorphose, où les œuvres transmettent une expérience du passage. » Avec sa série de photographies Spectographies (2010-2014), SMITH s’intéresse aux figures du spectre et du fantôme comme des détachements de nos identités et de nos corporéités. Le projet Désidération, dont l’étymologie renvoie à la fois aux « regrets » et aux « désirs », fait référence à un symptôme qu’attribue l’artiste à une humanité dite « désidérée » par la perte d’un lien organique avec les étoiles. Ses images prennent ainsi place dans une zone de rêve, désertique et peuplée d’animaux sauvages, laissant apparaître le ciel étoilé. Les photographies, imprimées sur des panneaux d’aluminium brossé, sont d’une grande beauté. En fonction de l’éclairage et de notre mouvement autour des œuvres, elles semblent s’illuminer sous nos yeux, d’une manière presque hypnotisante. Enfin, dans Dami, un projet en cours, débuté en 2022, l’artiste s’est entouré de différents partenaires pour célébrer le vivant. Une démarche qu’il complète par sa pratique de la transe cognitive, qui lui permet d’atteindre des états au-delà des limites de la conscience pour questionner les failles de notre société.
La transition est aussi une remise en question de nos perceptions. Dans bon nombre de ses photos, SMITH utilise la caméra thermique qui permet de matérialiser, sur l’image, les zones de chaleur d’un corps ou d’un espace. Ainsi se dessinent, comme un langage commun entre les hommes, le végétal et son environnement. Les éléments sont reliés par la chaleur qu’ils produisent et les images de SMITH apparaissent à cet égard comme de nouvelles lectures de notre réalité.


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